Le site de l'association Médiagora.

Médiagora Rouen: 1999-2017.
18 ans d'écoute, d'entraide, d'information
au service des personnes souffrants d'anxiété et phobie.

Site d'information francophone sur les troubles anxieux et phobiques.
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Les témoignages des adhérents de Mediagora

AGORAPHOBIE :

J'ai découvert Médiagora en Août 2005, alors que je venais de m'installer à Rouen après un séjour de trois ans à Moscou, en Russie. J'habite Rive gauche et je cherchais sur Internet toutes les possibilités d'activité dans ce quartier, quand je découvre cette association, qui se définit comme un lieu réunissant des personnes souffrant de problèmes liés à l'anxiété. A vrai dire, je n'ai pas cru tout de suite à une telle aubaine! En effet, depuis plusieurs années, je souffre de problèmes très handicapants, dont un neurologue a diagnostiqué la cause en 2002, après un long parcours du combattant dans l'univers médical! Je souffre donc d'un TAG (trouble anxieux généralisé), à l'origine d'une phobie de la chute, qui fait des escaliers, des pentes et dénivellements de toutes sortes des obstacles quotidiens! En plus, le lieu de rendez-vous hebdomadaire des adhérents de l'association, la MJC de Rouen, se trouve à 5 mn à pied de chez moi! Pourtant, tout cela ne m'a pas décidée à téléphoner pour m'inscrire...

Pour que je vienne aux réunions de Médiagora, il aura fallu que je me retrouve aux Urgences, suite à une crise de panique et à des phobies multiples, qui m'empêchaient de prendre l'ascenseur, le métro, le bus, la voiture, de m'enfermer dans les toilettes et même dans une salle de cinéma, moi qui ne rêvais que de cela depuis Moscou! Je suis professeur dans un collège, mais j'ai dû arrêter de travailler au bout d'une semaine parce que ma vie était devenue un enfer.

Qu'est-ce que j'ai trouvé aux réunions de Samedi matin? D'abord, j'ai compris, grâce aux personnes présentes, que je souffrais, en plus de la phobie de la chute, d'agoraphobie, qui déclenche la peur (irrationnelle) de ne pouvoir s'enfuir du lieu où on se trouve. Il me semble que mettre un nom sur sa souffrance est déjà un pas vers le mieux-être. Puis j'ai pu parler librement et sans avoir peur d'être jugée, de ces problèmes qui suscitent trop souvent scepticisme et incompréhension. Notre président a l'habitude de dire que quand on va chez son psychiatre, on est seul en entrant et on est seul en sortant! (Bien sûr, le psychiatre reste une aide précieuse et indispensable dans certains cas.) Ce n'est pas le cas à Médiagora qui est avant tout un lieu de rencontres, où la parole circule et aussi les numéros de téléphone, en fonction des affinités... L'ambiance est conviviale puisqu'on y boit du café et on y mange des gâteaux. Certains d'entre nous n'hésitent pas à parcourir de nombreux kilomètres pour bénéficier de cette forme d'entraide et aussi d'une écoute, même s'il n'est absolument pas obligatoire de parler de soi devant les autres. En outre, Yann, comédien professionnel, propose des cours de théâtre et Denise de sophrologie, en alternance, ce qui peut aider des personnes angoissées.

Je vais bientôt reprendre le travail et, comme j'ai cours le Samedi matin, je ne pourrai malheureusement plus participer à ces rencontres, même si je compte bien garder des contacts avec les adhérents. Mais j'ai été confrontée à une situation très difficile dans une région où je ne connaissais personne et je remercie Médiagora de m'avoir permis de créer des liens, qui vraiment permettent de mieux vivre...


Fabienne

PHOBIES MULTIPLES :

Bonjour à tous,

J'ai connu l'enfer de l'agoraphobie : la terreur de traverser une place publique, l'horreur des grands magasins, l'angoisse des transports en commun. J'évitais, par sentiment de honte et d'incompréhension, de le reconnaître devant autrui : j'avais peur de passer pour "bizarre".

Ce malaise était associé à une phobie sociale qui se traduisait par la sensation d'être stupide et de paraître stupide ; en effet, mon élocution n'est pas toujours claire : je cherche mes mots, je baffouille et on ne m'entend pas parler, mon timbre de voie étant très faible, ce qui n'arrange rien.

Je souffrais également de peur en tout genre, comme la peur du noir ou de la maladie.

En "fouillant" dans mon enfance avec l'aide d'un psychiatre, j'ai compris que ces phobies diverses résultaient d'un sentiment d'insécurité lié à ma mère qui, souvent malade, ne pouvait assumer mon éducation, au point de se séparer régulièrement de moi. Ne voulant pas reconnaître ses limites, ma mère ma collée l'étiquette d'enfant caractérielle, ce qui ne signifie pas grand chose. elle s'est suicidée alors que je n'avais que 14 ans 1/2.

A la suite de ça, je me suis crue incapable de communiquer clairement, associable malgré moi, car, en fait, j'aime vivre entourée.

Comme je manquais totalement de confiance en moi, j'étais lente, gauche et quelque peu ridicule, ce qui m'a valu quelques échecs scolaires et une grande instabilité dans mon travail professionnel. Mes soeurs participaient à ce travail destructeur sur ma personnalité, critiquant régulièrement mes choix, mes goûts et ma manière d'agir. J'avais l'impression de devoir me justifier de tout.

Mon père, traumatisé par le suicide de ma mère,a souffert lui-même d'agoraphobie et a sombré dans l'alcoolisme et n'était pas du tout en mesure de m'aider. Je fus donc une adoscente profondément dépressive, mais pas encore phobique ; ce mal est apparu à l'âge adulte.

Je suis actuellement mariée, mère de 4 enfants,et j'ai réussi à sortir de cette galère, grâce à des conseils médicaux, en lisant des ouvrages sur la question des phobies et en pratiquant des exercices physiques apaisants : relaxation, stretching. Je le fais à la maison, mais j'y ai pris tellement goût que j'envisage de m'inscrire dans un groupe. Mais j'hésite encore car j'apréhende de me retrouver encore seule dans mon coin. Je reste malgré tout assez motivée...

Malgré toutes ces phobies, j'ai réussi par le passé à me faire quelques amis, malheureusement la plupart étant attendris par mon tempérament maladroit, mon image de gaffeuse et de timide malgré tout sympathique , portrait pas très flatteur : il faut dire que j'avais pris, par dépit, le parti d'en rire et j'accentuais mes gaffes pour faire rire mes amis : j'étais le clown de service ; un clown bien triste, en fait.

Depuis que j'ai cessé de jouer cette comédie de "pauvre fille sympa", je me sens mieux dans ma peau. Parfois, on se donne une image totalement erronnée, qui ne fait que confirmer l'étiquette que la famille nous a attribuée depuis la petite enfance. Depuis que j'ai compris ceci, je cherche à trouver ma véritable personnalité : c'est un travail qui peut être un peu long, mais passionnant et, comme par enchantement, mes phobies s'estompent rapidement avec la découverte progressive de cette personnalité que forment mes goûts, mes aspirations et mes expériences. Dans le même temps, mon enferment à la maison devient moins fréquent.

Je souhaite à tous ceux qui ne se sentent pas respectés de pouvoir un jour découvrir leur véritable personnalité, de ne pas croire aux étiquettes peu flatteuses qui leur ont été attribuée et qui les enferme dans un carcan, et de se faire enfin de véritables amis, meilleur antidote,à mon avis,aux phobies.

Amicalement,



SOPHIE (36 ans). Témoignage Internet


AGORAPHOBIE :

"C'était un dimanche soir, se souvient Joëlle. Je rentrais tranquillement en voiture de l'hôpital de Lille où je suis infirmière. Quand, soudain, mon coeur s'est mis à battre à toute vitesse, mes mains à trembler, mon front à ruisseler de sueur. Il me semblait que cette autoroute qui s'ouvrait devant moi à perte de vue, je n'en verrais jamais le bout. Je ne pouvais pas me l'expliquer, mais j'avais la certitude absolue que j'allais mourir, ici, maintenant !"

Tant bien que mal, Joëlle se gare sur la bande d'arrêt d'urgence de l'autoroute, ouvre la vitre pour respirer un peu d'air frais. Et très lentement, comme une vague qui reflue, son angoisse s'atténue, puis disparaît comme elle était venue... La crise n'aura duré que cinq minutes.

"J'ai mis ce moment de panique incompréhensible sur le compte de la fatigue, raconte Joëlle, et je n'y ai plus pensé...". Mais une semaine plus tard, sur cette même route, une nouvelle crise d'angoisse s'empare d'elle ! En roulant au pas, Joëlle arrive à rentrer chez elle. Là, elle s'effondre, exténuée, sur le canapé du salon. Cette fois, la crise a duré un bon quart d'heure. "J'ai pensé qu'il ne fallait plus que je reprenne cette route, que je devais absolument trouver un autre chemin, avec des cabines téléphoniques pour appeler à l'aide, et aussi des pharmacies pour qu'on me donne des médicaments en cas de problème. J'ai fait un itinéraire qui allait me rassurer, mais aussi rallonger le trajet d'une heure !". Le lendemain, Joëlle emprunte son nouveau parcours : aucune crise d'angoisse ! Soulagée, elle en profite donc pour s'arrêter au supermarché. Mais là, sans prévenir, la panique revient. La foule, les néons aveuglants, Joëlle n'a plus qu'une seule idée en tête : sortir de là. Tout de suite. A tout prix ! Comme une enfant terrifiée, elle abandonne son chariot et, sous le regard médusé des clients, s'enfuit en courant.

"Je ne comprenais rien à ce qui m'arrivait, raconte Joëlle, les amis à qui j'en parlais se voulaient rassurants. Ils disaient qu'après quelques jours de vacances il n'y paraîtrait plus". Seulement, les crises se multiplient et elle se déclenchent n'importe où, n'importe quand : un jour, lors d'une réunion dans la salle de conférences, elle doit sortir, au bord de l'évanouissement ; un soir, au cinéma, elle quitte la salle en plein film : c'est la foule qui l'empêche de respirer... "Je ne pouvais plus travailler, plus sortir sans redouter de devoir m'enfuir. Je me défilais dès qu'il fallait faire un long trajet... Il n'y avait pas un matin où je pouvais me lever sans avoir peur... d'avoir peur".

Un soir, au retour d'un dîner chez des amis, elle ressent des picotements dans les doigts. Le temps d'ouvrir sa porte et les démangeaisons ont envahi sa poitrine, ses bras ; son coeur bat à tout rompre ! "Je me suis dit que j'étais en train de faire un infarctus et j'ai appelé mon frère à l'aide". Joëlle est transportée aux urgences cardiologiques où elle subit des examens pendant quarante-huit heures. "Pour les médecins, raconte Joëlle, j'étais en parfaite santé, mais moi, je savais bien qu'il y avait autre chose. Alors je suis allée consulter un médecin en qui j'avais toute confiance. Lorsque je lui ai parlé de mon impossibilité à rester dans un hall de gare ou d'aéroport, dans une salle de réunion ou dans tout autre endroit surpeuplé, il m'a dit tout de suite : "Ne cherchez pas, vous êtes agoraphobe". Il m'a envoyée chez un psycbiatre qui, en tant que médecin, m'a prescrit des antidépresseurs et chez un psychologue qui m'a aidée à combattre ma peur, notamment en se rendant avec moi sur les lieux où je me sentais mal...

Ca a pris du temps, beaucoup de temps, pourtant les crises se sont espacées et, un jour, exactement comme elles étaient venues, elles ont disparu pour ne plus jamais revenir !" Cela fait cinq ans aujourd'hui que Joëlle est guérie. Les premiers temps, elle redoutait qu'une angoisse ne resurgisse à l'improviste, mais maintenant, elle n'y pense même plus... Joëlle n'a plus peur de l'espace, même pas... l'espace d'une seconde !

L'association Médiagora, dont Joëlle est la Présidente à Lille, a plusieurs antennes, à Lille, Paris , Rouen , Lyon , Rennes et aide les personnes agoraphobes, angoissées ou souffrant de phobies sociales.



Article paru dans l'hebdomadaire "MAXI"



PHOBIE SCOLAIRE :

Un matin, tu te réveilles, tu n'es plus comme avant. Tu as perdu ta joie de vivre, tu as peur des mouvements de foule. Tu ne te reconnais plus, tu n'es plus toi-même.

Dans ton lycée, tu développes cette agoraphobie. Sans t'en rendre compte, tu développes une phobie scolaire. Tout te fait peur, la foule, ta classe, tes amis : tu n'as plus confiance en personne, tu ne te fais plus confiance.

Ceci fut certainement le plus difficile à accepter. J'étais si joyeuse, ta famille, tes amis ne te comprennent pas. Tes proches essayent de t'aider à sortir de cette galère. Tu fuis les cours, tu sors des salles de classe en courant de peur de mourir. Tu fais peur et fais de la peine à tes proches. Ma vie était devenue ainsi, je sombrais dans la dépression.

Je pris alors la décision d'aller consulter trois thérapeutes. Un homéopathe, un hypnothérapeute et un magnétiseur. L'hypnothérapie m'a permis de sortir de la dépression. A cet instant, j'avais gagné ma première bataille. Je n'ai pas assisté aux cours pendant quatre mois, mais je voulais passer mon bac. Le rectorat fut très compatissant et m'a autorisé l'accès de la salle d'exament avec un membre de ma famille avant l'épreuve. J'avais une salle et un inspecteur rien que pour moi. La salle était adjacente à l'infirmerie et un membre de ma famille était dans la salle d'attente. J'ai fait plusieurs crises, mais j'ai tenu bon. J'ai obtenu mon niveau bac.

Quand tout cela vous arrive, on se sent seule. Pour y remédier, j'ai décidé de reprendre l'école par alternance et je commence maintenant à vaincre cette peur. L'amour de mon copain m'a permis de reprendre confiance en moi, malgré le décès soudain de deux membres de ma famille.

Cette année n'a pas été facile, mais j'ai survécu. J'ai divisé par deux mes doses de médicaments.

Par un article de journal, qui précédait une émission télévisée, j'ai découvert MEDIAGORA. Ma tante m'accompagnait et heureusement qu'elle était présente car au cours de la première réunion, j'ai fait plusieurs crises d'angoisse. Tout le monde m'a soutenue.

A dater de ce jour, je fais 50km chaque samedi pour me rendre à l'association MEDIAGORA ROUEN. Très vite mes progrès ont été remarquables. Aujourd'hui je vis encore des moments difficiles à l'école. Je ne vais pas gagner que des batailles, je vais gagner cette guerre grâce à ma famille, mes amis, mon copain. N'hésitez pas à me contacter car je sais qu'il est dur d'être seule. Moi je ne le suis plus et vous non plus.

Vous pouvez m'écrire sur le forum MEDIAGORA



AURELIE (21ans).



Témoignage sur l'émétophobie ( Peur des vomissements ):

On avait tendance à dire de moi que j'étais une petite fille sage quand j'avais sept ans. Et bonne élève en plus... Mais pourtant, j'ai pu me transformer en furie à l'idée de devoir entrer dans la même salle de classe qu'un élève souffrant de gastroentérite ou encore me sauver de l'école parce qu'un de mes camarades était souffrant. Quelle était cette force qui me métamorphosait ? Moi-même, je n'en avais qu'une conscience partielle et je me taisais obstinément devant mes parents décontenancés qui essayaient de comprendre.

Je n'ai compris que bien plus tard (peut-être au début de l'adolescence) que j'étais phobique. Emétophobe, plus exactement. C'est à dire que j'ai peur de toute forme de vomissements, qu'il s'agisse des miens ou de ceux des autres. Chaque repas est une épreuve. En effet, toutes les fois que je mange, je guette les réactions de mon corps les quatre heures suivantes afin d'être certaine que ce n'est pas cette fois que je vomirais. Tout être humain est pour moi un estomac potentiellement prêt à régurgiter dans la seconde suivante. Je suis constamment prête à fuir, au cas où. Ma vie est construite de "on ne sait jamais, s'il vomissait...". Toutes ces pensées qui se bousculent dans mon esprit pour si absurdes qu'elles soient ne sont jamais réduites au silence par ma rationnalité et quand l'idée me vient que "peut-être hier, je n'ai pas bien lavé ma pomme, je sui sûre que j'ai une intoxication alimentaire, je vais très certainement vomir", alors la crise d'angoisse est inévitable. Mon estomac se contracte, j'ai les mains moites, mes pensées commencent à s'emballer. Et...je finis par avaler un axiolytique afin de ne pas me tétaniser complétement.

Jusqu'à mes quinze ans, rongée par la honte de l'anormalité, je n'ai rien dit. J'ai menti autant que possible. Je tombais mystérieusement malade les veilles de départ en bus, j'avais toujours des rendez-vous impérieux à l'extérieur quand un membre de ma famille était malade... Mais un jour, je n'ai pas pu tricher, la situation était trop difficile : on m'a vomi sur les pieds. Incapable d'endiguer mon émontion, j'ai raconté ma Peur à quelqu'un qui se souciait de me voir bouleversée. Et cette personne ne s'est pas moquée. C'est alors que j'ai commencé à en parler autour de moi, élargissant progressivement le champ de mes confidences? Même si j'ai essuyé de nombreux déboires, c'est ce qui m'a permis d'entamer la guérisons. Parce que passer outre la sensation d'humiliation, c'est déjà ôter à la phobie une de ses raisons d'être. Ce qui a été plus décisif encore, c'est mon séjour dans le service psychiatrique d'un centre hospitalier. Bien que je m'y refusais au départ, c'est à ce moment-là que j'ai commencé à prendre des anti-dépresseurs qui, à certaines doses, ont un effet anti-obsessionnel. J'ai commencé à vivre normalement... A avoir des nuits sans cauchemars, des heures sans angoisses, des amis sans les soupçonner d'avoir mal au coeur... Ensuite, j'ai décidé d'oser engager une thérapie. Après plusieurs échecs, j'ai rencontré un psychiatre comportementaliste. Sa méthode s'axe à la fois sur la relaxation et la confrontation afin d'obtenir une maîtrise progressive du symptôme. Et aujourd'hui, même si je ne peux pas dire que je suis guérie, même s'il y a des jours où j'ai du mal à croire qu'un jour je n'aurai plus peur, ma vie est beaucoup plus légère. Les rencontres qui ont jalonné mon parcours ont aussi eu une considérable importance. Je me suis entourée de gens qui refusaient de regarder une phobie comme un défaut, laissant les autres se noyer dans leur étroitesse d'esprit. J'ai également lié connaissance avec des personnes aux maux comparables au mien par le biais de l'ASSOCIATION MEDIAGORA. Tout cela me mène, à 21 ans, à prendre mon mal, non pas comme un fatal et injuste sortilège qui pèsera sur mes épaules durant le reste de ma vie, mais comme une épreuve que je surmonterai parmi d'autres.



RACHEL (21ans).



AGORAPHOBIE :

Je voudrais dire à toutes les personnes souffrant d'agoraphobie de garder espoir de pouvoir revivre normalement..., enfin presque !

Mes malaises ont commencé lors de la grossesse de mon troisième enfant. Je travaillais et j'ai commencé à ressentir des malaises toujours à l'heure du midi, au même endroit public où j'allais déjeuner seule; je me dépêchais de finir pour regagner au plus vite ma voiture. Puis, dans les salles d'attente, à chaque fois que j'attendais. Mes malaises ont alors été diagnostiqués comme malaises "wagall", je me disais que ça irait mieux après l'accouchement mais ces malaises ont repris à la limite de l'évanouissement. J'ai mis cela sur le compte de la fatigue à cause du bébé.

Au début, je n'osais pas en parler, je pensais que je n'étais pas normale, que j'étais la seule à ressentir ces symptômes, j'essayais de prendre sur moi mais l'enfer s'emplifiait.

Mais cela se reproduisit de plus en plus et surtout dans les supermarchés, si bien que j'avais peur et de plus en plus peur que ça recommence. J'appréhendais intensément avant d'aller faire les courses : quand le parking était rempli, je commençais à me sentir mal, envie de faire demi- tour. Ces choses là, mon mari avait du mal à comprendre et me disait : "arrête, c'est la tête...!", je lui répondais : "mais oui, c'est la tête et je ne peux le controler".

A chaque fois qu'il fallait faire les courses c'était la même comédie, j'essayais de prendre le dessus en me disant "il faut y aller!" en ressentant les palpitations, les jambes qui tremblent, la vue qui se trouble, la peur de tomber et la peur panique qui nous envahit à l'intérieur en se disant "ça y'est, je vais tomber, je vais tomber...".

Une fois seule à la caisse, une crise de panique (intérieur bien sûr) au moment où le caissier change de rouleau, quel enfer, les minutes me semblaient interminables, je me disais, qu'est-ce que je fais ?, je donne mon porte-monnaie à la personne derrière moi pour qu'elle paie et je gagne le banc que j'observais ? Je me suis contrôlée mais après j'étais exténuée avec une grande envie de dormir comme si je venais de faire un marathon.

Que m'arrivait-t-il ?, moi qui remplissais mon caddie à l'heure du déjeuner, je devenais incapable de sortir.

Après maintes consultations à relater mes malaises chez mon médecin traitant, j'ai été soignée pour spasmophilie, crise de tétanie avec intraveineuse de Calcibronat, etc... et enfin le diagnostic d'agoraphobie est établi et là, début de divers antidépresseurs qui étaient inefficaces, anxiolytiques. Ces anxiolytiques, je les prenais de plus en plus, avant chaque sortie que j'étais obligée d'assumer par exemple aller conduire et chercher les enfants à l'école.

L'enfer devenait de pire en pire. Je partais au dernier moment pour aller chercher ma fille pour ne pas avoir à l'attendre, il était préférable qu'elle soit prête à monter dans le véhicule, elle le savait. Je lui disais l'endroit oùu je me garais : "si tu ne me vois pas à la sortie, tu viens à la voiture" car je ne pouvais même plus descendre de ma voiture pour aller jusqu'à la barrière de l'école (environ 100m). Cela devenait un calcul mental permanent entre la prise d'anxiolytique et le devoir de franchir la porte.

Heureusement, j'étais en congé parental. Mais il fallait que je m'en sorte, comment j'allais faire pour reprendre mon travail car je m'en sentais incapable. Alors, j'ai décidé de consulter un spécialiste, un psychiatre pour me faire soigner. Il m'a prescrit à dose progressive un antidépresseur adapté apparemment car j'allais de mieux en mieux mais ça a été très progressif, les attaques de panique s'espaçaient petit à petit, devenaient moins intenses.

Mais cela ne s'est pas fait du jour au lendemain, il m'a fallu une réadaptation progressive à la vie "de dehors", aller chercher le pain, le journal, petite course par petite course, apprendre à attendre à la pharmacie (lieu où j'ai ressenti beaucoup de crises); bien sûr, on choisit les heures creuses !, on triche en quelque sorte mais ça aide.

En plus, j'ai été licenciée (économique individuel) après mon congé parental. Inutile de préciser toutes les démarches à effectuer et les convocations. Il a fallu que je prenne sur moi et heureusement que j'étais sous traitement. Puis, la recherche d'emploi et son parcours de combattant, les entretiens.., les tests.. l'attente des réponses quand il y en a.

Entre temps, j'ai lu un témoignagne dans une revue où je me suis reconnue. Les coordonnées de l'Association MEDIAGORA étaient mentionnées. Alors, j'ai appelé après avoir longtemps hésité : un monsieur très gentil m'a parlé et écouta. J étais étonnée d'être comprise. Il m'a donné les coordonnées de l'Association MEDIAGORA de ROUEN.

J'ai aussi attendu avant de me décider d'appeler. Ce que j'ai fait un jour et c'est ainsi que j'ai connu David et les bienfaits des réunions.

Celles-ci m'ont permis de découvrir que je n'étais pas la seule sur terre à souffrir d'agoraphobie. Grâce à la sophrologie, j'apprends par la respiration à controler les moments de stress, mais c'est encore un peu difficile.

Aujourd'hui, je retravaille, je commence à refaire mes courses seule, enfin je reprends confiance en moi petit à petit..., JE REVIS.


SYLVIE (39ans).


PHOBIE SOCIALE :

Bonjour à tous, je reçois aujourd'hui le journal de Médiagora et ça me donne envie de répondre, de vous écrire.

En effet, j'ai souffert, plus que je ne souffre de phobie sociale. C'était surtout quand j'étais adolescente. Par exemple, je ne pouvais pas aller en ville, dans les magasins ou les rues piétonnes, trainer, sans un but. Si je n'avais pas une course précise, un itinéraire précis, je me sentais mal.

De quoi j'avais peur? Qu'est-ce qui se passait? Je me suis longtemps posé la question. J'ai eu un autre problème d'anorexie mentale et à 18 ans, j'ai commencé une thérapie qui continue... J'ai 31 ans.

Maintenant, il me semble que je peux davantage répondre à cette question, c'est pourquoi j'aimerai vous communiquer mes réponses et mes défenses, peut-être aideront-elles certain(e)s d'entre vous? Je crois que c'est du regard des autres dont j'ai peur. Qu'ils voient quoi? Qu'ils voient ma faiblesse, ma défaillance. Quel genre ? Cela concerne la Féminité. J'ai peur qu'on voit que je ne suis pas sûre de moi dans ce domaine là. Ca passe par tout un inventaire physique: je suis trop grosse, j'ai des boutons, je suis godiche, j'ai un grand nez ou les cheveux sales... un peu des prétextes.

C'est surtout que je ne suis pas comme je voudrais être. D'où l'anorexie : devenir parfaite, mince mais surtout rester un enfant. Ne pas grandir. Ne pas devenir une femme parce que je ne veux et ne peux devenir comme l'idéale. Quelques fois, j'ai l'impression de frôler cet idéal mais j'ai l'impression d'en faire trop, l'impression de ne pas être moi-même.

Pourquoi? Peut-être parce que ma mère était implacable comme personne. Elle jugeait les gens de façon autoritaire te sans appel. Peut-être aussi parce que, enfin, j'étais " grosse " et je me suis faite " lyncher " par d'autres enfants. J'avais peur d'aller à l'école à cause des autres. J'étais enfant, un peu naïve, un peu bébé.Alors les défenses? Et bien, au fil du temps, j'ai appris à me dire des choses, à me conditionner. Il faut que je me dise que j'ai le droit à la différence. Même si je suis grassouillette, ni laide, ni moche. Je suis comme je suis. Aux autres de m'accepter comme telle et si je ne plait pas (ça, c'est très difficile à accepter) ce sont eux qui n'en valent pas la peine.

Il a fallu que j'arrive à tout recentrer sur moi. C'est moi qui compte, ce que je veux, ce que je vaux. Si les autres me dénigrent, c'est qu'ils ne sont pas capables de voir ce que je vaux. Alors, quand je suis dans la rue et que je me sens mal, je dis dans ma tête aux gens "je t'emmerde". Et puis j'avais l'impression, quand j'étais seule quelque part que l'on voyait que j'étais seule dans la vie.comme si les gens pensaient: "elle cherche quelqu'un. Quelle honte à 31 ans d'être seule, c'est pas normal. Et t'as vu la tête qu'elle a, elle ferait mieux de rester chez elle". Alors je reponds : "Oui, je suis seule, ça arrive. J'assume. Je suis comme çà, c'est mon droit. Bon, des fois, c'est vrai, j'assume pas et je reste chez moi".

Une autre défense, c'est aussi de me répéter les quelques qualités que je pourrais mettre en avant. Essayer de vivre dans un contexte valorisant. Penser à çà pour affronter l'autre. Vous avez ce que j'ai découvert, aussi, c'est qu'à force de me défendre, il parait que çà me donne un air franchement pas aimable. Une maman d'un copain de mon fils m'a dit: "Si vous n'étiez pas venue me parler, je ne l'aurai pas fait".

Alors je me suis dit que les gens ne pensaient pas forcément du mal de moi ! Ils ne sont pas tous comme ma mère, ni comme les enfants à l'école ! Finalement "JE NE SAIS PAS CE QU'ILS PENSENT !!" Alors, le meilleur moyen c'est peut-être d'aller parler avec eux pour le savoir. Cà, c'est difficile. En tout cas, il y en a peut-être qui ne me jugent pas. C'est le fait de ne pas savoir ce qu'ils pensent qui me laisse un espace de liberté, je ne me sens plus condamnée. J'ai le droit d'exister et d'être là parce que dans le lot de tous ces inconnus et de tous ces gens, il y en aura peut-ête quelques uns qui m'apprécieront.


En tout cas, à MEDIAGORA JE ME SUIS SENTIE NON JUGEE ET ACCEPTEE COMME TELLE.


Cécile.


AGORAPHOBIE :

Mon père est mort quand je n'étais qu'un bébé et j'ai toujours vécu seule avec ma mère. J'avais 23 ans quand ma mère est décédée, 15 jours après la naissance de ma fille. J'ai eu l'impression de tout perdre. Je voulais mourir. En dépression sévère, j'ai consulté un psychiatre qui m'a prescrit des antidépresseurs.

Progressivement j'ai remonté la pente et repris mon travail dans l'entreprise familiale. 2 ans plus tard nous avons eu une seconde fille. j'avais retrouvé une vie sociale et professionnelle mais je commençais à avoir de plus en plus de difficultés à me déplacer seule. Mes malaises ont empirés. Dans les embouteillages, j'avais souvent des sueurs froides, une boule dans la gorge et la sensation que j'allais mourir. Plusieurs fois, j'ai du abandonner ma voiture à un feu rouge. Quand je faisais mes courses, il m'arrivait de partir en courant, laissant mon chariot plein à la caisse.

J'étais si angoissée que j'ai fini par ne plus vouloir sortir de chez moi. Je suis restée cloîtrée pendant 1 an. A 28 ans, j'ai commencé une psychanalyse. Pendant 8 ans, j'ai cherché sur le divant les causes profondes de ce malaise. Je me suis souvenu que ma mère avait fait 2 tentatives de suicide. Ne plus partir de la maison, cela signifiait rester avec cette mère que je sentais fragile, angoissée, l'empècher d'accomplir l'irréparable durant toutes ces années, j'ai alterné agoraphobie et déprime.

Par période, je pouvais travailler, sortir. Quand je sentais que j'étouffais, je me disais : "c'est une crise d'angoisse, tu ne vas pas mourir" et j'attendais que les symptômes cessent. Quand ils étaient trop violent, je multipliais les arrêts maladie.

A la naissance de mon fils, mon frère, qui était mon patron, m'a licencier. Il ne supportait plus mes absences. En perdant mon travail, j'ai replongée et mise en invalidité.

Il y a 2 ans j'ai lu un article sur l'association MEDIAGORA.

Là, j'ai rencontré des agoraphobes, des phobiques sociaux, des personnes qui avaient peur des animaux, tous avaient la même angoisse que moi. La psychanalyse m'avait aidée à comprendre certaines causes de ma phobie. Ces personnes m'ont apporté de la chaleur humaine, de l'entraide.

Par des activités au sein de l'association, comme le théâtre ou la sophrologie, j'ai pris conscience de mon corps et appris à contrôler ma respiration.

En Août, j'ai réussi à partir au Maroc avec mes enfants et une amie. A la rentrée, je me suis dit que si j'avais pu prendre l'avion, je devais pouvoir conduire mon fils à l'école. Récemment, je suis même allée seule dans une grande surface pour acheter des chaussures.

En Décembre, je suis retournée au cinéma pour la première fois depuis 15 ans. Peu à peu, je m'aperçois que je peux accomplir chaque jour de petites choses.

Pour certains, ça ne signifierait rien, mais pour moi ce sont des progrès énormes, qui me comblent de bonheur.


Sophie (41 ans).


PHOBIE SCOLAIRE ET TOC :

Bonjour,

Je m’appelle Olivier, j’ai 27 ans et j’habite Beauvais dans l’Oise. Je suis un ancien phobique et cela depuis ma toute petite enfance. Je peux presque dire que je suis né avec.

J’ai commencé par une phobie scolaire, j’aimais l’école mais j’avais peur de m’y rendre.Le soir au retour de l’école, j’avais toujours mal à la tête, aussi je n’arrivais pas à faire mes devoirs. Dans la cour de récréation, j’étais toujours seul et celle ci me paraissait immense. J’avais toujours peur de tomber. Dans le gymnase où les cours de sport avaient lieu, je me sentais également très mal et là non plus je ne pouvais aller au milieu. Je restais dans un coin pendant que mes autres camarades participaient au cours. Quelquefois, j’essayais d’avancer, mais sans grand succès, très vite j’étais comme paralysé.

A cause de tout cela, j’ai redoublé mes classes primaires et lors de l’entrée en sixième, je n’étais pas de niveau. Je suis donc entré dans une section éducatrice spécialisée, mais j’étais incompris et j’ai beaucoup souffert. J’étais toujours seul. Nous avons ensuite déménagé et j’ai donc changé d’établissement scolaire, une école d’horticulture. Au début, environ pendant 6 mois, cela a été mieux, mais un soir ma mère est décédée. Elle était, elle aussi phobique, et souvent quand je rentrais de l’école elle était couchée.Elle s’était mise à consommer de l’alcool pour sortir de ses angoisses ; je ne peux lui en vouloir, je suis très fier d’elle.

Je veux simplement dire qu’il faut être vigilant et ne pas tomber dans ce piège mortel.

Après le décès de ma mère, j’ai fais connaissance avec les TOCS. Je vérifiais les portes, les fenêtres, le robinet et je me lavais les mains sans arrêt. Ma vie sentimentale a souffert de tous ces troubles. Je suis seul, j’aimerai avoir une compagne mais pour le moment c’est le vide.

En ce qui concerne les médecins, j’en ai vu plusieurs sans vraiment voir d’amélioration. Un jour j’ai vu un psychiatre comportementaliste et j’ai pu commencer une vraie thérapie. Je me suis mis à me bagarrer avec la maladie. Je me suis pris en main. Je profite de ce témoignage pour remercier mon papa qui m’a beaucoup aidé.

Aujourd’hui, je vais beaucoup mieux. Je suis pratiquement guéri. L’association MEDIAGORA ROUEN m’a beaucoup aidé. J’ai appris un métier, je suis accordeur de piano.

Je souhaite créer une antenne MEDIAGORA sur Beauvais pour aider les personnes qui, comme moi, souffrent de phobies et faire connaître ce trouble très invalidant.

Vous pouvez m’écrire sur le site Médiagora.


Olivier.


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